Depuis six ans, le festival d’Avignon est devenu mon incontournable de l’été. Et chaque année, je repars avec l’envie d’y retourner. Pour moi, c’est un véritable moment de joie et de découverte, une manière de nourrir ma créativité, mais aussi de me reposer.
Hier, une comédienne, qui rencontrait son public après une représentation, a dit :
« Le festival d’Avignon, c’est le dernier endroit où les gens se parlent spontanément. »
C’est très juste.
Lors du festival, il règne une atmosphère spéciale. L’air est chargé de joie, d’échanges, d’amour pour le théâtre et pour l’art en général. Les rues sont pleines de personnes qui prennent du plaisir.
Avignon revêt une décoration bien particulière. Il y a des affiches partout, des comédiens font la promotion de leur pièce sans arrêt, la ville grouille de vie et c’est tellement bon. La rue devient le lieu privilégié des spectacles improvisés ; jongleurs, musiciens et danseurs se l’approprient.
Je suis loin d’être une personne qui entre spontanément en contact avec les autres. Même si, depuis l’enfance, j’ai énormément progressé — on peut même dire que j’ai opéré un virage à 180 degrés — je ne me considère pas comme quelqu’un de particulièrement sociable.
Lors du festival, je fais preuve d’une spontanéité que je ne me connais nulle part ailleurs.
Cette année, j’ai vu cinq pièces de théâtre.
Spoiler alert : je ne vais pas vous les raconter, ni même en faire une critique. Je vais simplement vous situer les thèmes qu’elles abordent et vous donner mon ressenti. Pour le reste, le site du festival est très bien fait. L’idée est simplement de vous donner envie d’arpenter les rues d’Avignon et de découvrir ce rendez-vous annuel.
J’ai fait ma sélection la veille.
Procéder de cette manière, c’est forcément restreindre ses choix. Beaucoup de spectacles du Off affichent complet, tout comme quasiment l’intégralité de ceux du In. La plupart des festivaliers réservent plusieurs jours à l’avance, voire dès l’ouverture de la billetterie.
Malgré tout, je suis rarement déçue, même si chaque année je me promets d’être plus organisée.

La Folle histoire de France
En arrivant, j’ai filé voir La Folle Histoire de France. J’en avais entendu parler l’an dernier, mais elle affichait complet. N’étant pas d’une grande rigueur sur les horaires, avoir un point de départ aide grandement au déroulement de la journée.
Si vous avez des enfants, allez voir cette pièce avec eux, elle est vraiment tout public.
Petit bémol tout de même : dans cet article, « tout public » signifie plutôt à partir de 10 ans. Si vos enfants ne savent pas encore que l’Histoire est une matière scolaire, cela risque d’être un peu plus compliqué.
Et si vous n’avez pas d’enfants, allez la voir aussi. Évidemment, il faut quand même aimer un tant soit peu l’Histoire.
Deux comédiens sur scène, l’Histoire de France en toile de fond et un public souvent pris à partie.
C’est drôle, très bien construit et surtout c’est une véritable performance.
L’un des moments les plus impressionnants est un long monologue durant lequel l’un des protagonistes, censé perdre son sang-froid, réutilise toutes les informations glanées auprès du public pendant les quarante-cinq premières minutes. L’exercice va bien au-delà de la simple improvisation.
À la fin, on repart en ayant ri, appris — ou révisé — deux ou trois petites choses, et surtout en ayant passé un excellent moment.
Comme la représentation est jouée à 10h50, c’est une excellente entrée en matière.

Le Cid pète un câble
J’ai ensuite enchaîné avec ce classique revisité. En arrivant au théâtre, j’ai été trop contente de voir qu’il y avait un stand de restauration rapide. Une véritable aubaine. Parfois, un rapide croque-monsieur et un thé glacé sont juste parfaits.
Celle-ci aussi, je l’avais repérée la veille. C’est le pitch qui m’a séduite. Je n’ai pas été déçue, j’ai adoré. C’est aussi une pièce à voir avec ses enfants.
Un texte classique revisité avec légèreté, humour et dérision. Le parti pris m’a rappelé celui de Baz Luhrmann dans Roméo + Juliette. J’adore ce film.
Attention, ce n’est pas la même chose, mais on retrouve cette idée de faire dialoguer les époques.
C’est frais, très bien joué, fluide. Par moments, la danse contemporaine s’invite sur scène et la bande originale, puisqu’il y en a une, est portée par MC Solaar.
De 10 à 77 ans, tout le monde y trouve son compte.
Bien que les comédiens interprètent plusieurs rôles, la pièce n’en souffre absolument pas, au contraire.
A la fin de cette représentation, j’avais un vide dans le programme. Alors, devant une citronnade, entre les jours de relâche et les complet, j’ai fini par retenir un seul-en-scène.

Charge Maximale
J’ai immédiatement pensé : charge mentale, personnes neuroatypiques, burn-out… C’est amusant comme certains titres nous accrochent, parce qu’ils racontent quelque chose de notre propre histoire. Même si les seuls-en-scène ne sont pas mon format préféré, certains se sont révélés être de véritables pépites.
Alors…Pourquoi pas ?
Ce fut finalement une heure très longue.
Déjà, le spectacle a commencé avec vingt minutes de retard.
C’est vrai que, pour une retardataire chronique, s’attarder là-dessus n’est pas très glorieux. Je tiens tout de même à préciser que je me soigne… même si c’est probablement la thérapie la plus longue de ma vie.
Et puis, cela m’a agacée (angoissée) parce que j’avais des billets pour la pièce suivante.
Le théâtre fait partie, avec la gare et l’aéroport, des rares endroits où je me fais vraiment violence pour arriver à l’heure, voire en avance. Pas par choix, mais parce que les conséquences du retard sont très désagréables à assumer.
Bref. Revenons au spectacle.
Plein d’idées étaient bonnes, mais rien ne fonctionnait.
J’ai trouvé le début confus, je n’ai pas compris la fin, et entre les deux j’ai eu l’impression que tout manquait de sens. C’est sûrement volontaire puisque la pièce parle justement du trop-plein.
Mais, pour moi, c’était simplement… trop fouillis.
J’avais l’impression d’être engluée dans quelque chose, sans vraiment savoir quoi.
J’avais très envie de partir.
Après, c’est mon ressenti. Beaucoup de personnes ont certainement aimé, la pièce étant programmée pour la deuxième année consécutive au festival. Elle a forcément trouvé son public.
D’ailleurs, j’aurais été curieuse d’écouter les réactions des spectateurs à la sortie, mais j’avais trop peu de temps devant moi.

Victor Hugo, mon amour
Celle-là, pour rien au monde je ne l’aurais ratée. Pourtant, je ne l’avais pas du tout envisagée. C’est drôle, parfois, les coïncidences.
Dans la file d’attente du Cid pète un câble, une dame m’aborde et me propose de récupérer ses places. Elle doit repartir, une urgence. Elle l’avait vue il y a quelques années, elle l’avait beaucoup aimée et voulait la revoir. Avec plus de 900 représentations, la pièce continue d’afficher complet au festival…
J’ai répondu : « OK. »
Je n’en avais pas entendu parler, mais tout me plaisait dans cette opportunité complètement spontanée.
Victor Hugo, mon amour est une pépite. Une pièce magnifique sur la correspondance entre Juliette Drouet et Victor Hugo, portée par deux comédiens habités par leurs personnages. On rit, on pleure, on s’émeut, on s’agace, on s’offusque, on apprend, on traverse l’Histoire. Le temps passe à une vitesse folle. Une heure quarante d’émotions.
Cette pièce parle d’amour, au sens le plus large du terme : l’amour de deux êtres, l’amour des mots, du théâtre, de la poésie, de l’autre, de la liberté, des choix que l’on fait pour lui.
Une fois le rideau tombé, sous des applaudissements qui tardaient à s’arrêter, l’interprète de Juliette lui a rendu hommage avec une dernière lettre, dans laquelle elle raconte comment elle a imaginé cette pièce. Un moment d’une immense délicatesse.
À voir… À revoir, assurément.

En attendant septembre (ou la théorie de la table basse)
Une pause avec un Spritz, une pizza, sur une place avec un peu d’air. Et partout, cette ambiance particulière. Il fallait au moins ça pour se remettre avant d’enchaîner, cinquante minutes plus tard, avec En attendant septembre (ou la théorie de la table basse).
Je l’ai choisie pour son affiche que je trouve très graphique. Que voulez-vous… chacun ses critères.
Sur scène, sept jeunes comédiens, une histoire qui nous embarque et qui, à travers eux, fait résonner en nous des envies de liberté, des souvenirs. Des moments oubliés où l’on a grandi sans vraiment s’en apercevoir, où le temps a ralenti et où les choses ont changé. C’est vivant, doux, joyeux et hyper dynamique.
La mise en scène est très réussie, les comédiens débordent de fraîcheur et l’on prend énormément de plaisir à partager cette tranche de vie avec eux.
Je n’aurais pas rêvé mieux pour terminer cette journée.

Quelques infos pratiques
La veille, j’ai acheté ma carte OFF directement sur le site du festival. Cela évite de passer par l’Office de tourisme en arrivant. Je me suis garée au parking du Palais des Papes. Lorsque l’on achète ses places au dernier moment, il faut prévoir un peu de temps : passer à la billetterie puis faire la queue pour entrer dans le théâtre.
Personnellement, je ne suis pas très regardante sur ma place dans le théâtre. Si, en revanche, c’est important pour vous, mieux vaut réserver vos spectacles à l’avance.
Afin de ne pas traverser la ville pour rien, vérifier les disponibilités et appeler le théâtre avant de se déplacer reste une bonne option pour les adeptes de l’improvisation. Durant le mois du festival, plus de 1800 spectacles sont proposés. Il y a toujours quelques chose à voir, c’est ça qui est génial.

Avez-vous déjà vécu le Festival d’Avignon ?
Si oui, quelles sont les pièces qui vous ont marqué ?
Et si ce n’est pas encore le cas, j’espère vous avoir donné envie d’aller arpenter les rues durant le festival. Cette année, il vous reste encore quelques jours, sinon, rendez-vous l’année prochaine.




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